Là où la ville laisse entrer le vivant

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La Lisière-OOKPIK

Entre nos bâtiments du District Central, il y avait une ruelle. Elle est née de la construction du quartier, coincée entre des murs d’entrepôts, faite de gravier et de rien d’autre. Personne ne s’y arrêtait.  

Depuis le 18 septembre, elle porte un nom. La Lisière est ouverte au public, derrière le 9790 rue Meunier. 

Pourquoi une marque de manteaux s’occupe d’une ruelle 
OOKPIK conçoit des vêtements d’hiver depuis 15 ans. Notre métier dépend d’un climat, et ce climat change. Il devient difficile de parler de l’hiver sans se demander ce qu’on fait, concrètement, à l’endroit où l’on travaille. 

Le District Central est un quartier de béton et d’entrepôts où des milliers de personnes passent leurs journées. Les espaces verts y sont rares et la chaleur s’y accumule chaque été. Pour nos 15 ans, nous voulions laisser une trace qui dure plus longtemps qu’une soirée d’anniversaire.  

Un nom emprunté à la couture et à l’écologie 
En couture, la lisière, c’est le bord du tissu qui l’empêche de s’effilocher. En écologie, c’est le lieu où deux écosystèmes se rencontrent. Dans un quartier bâti par l’industrie du textile, le choix était évident.  

Entre la ville et le vivant

Nos manteaux ont toujours vécu entre deux mondes. En semaine, ils prennent le métro et entrent au bureau. Le samedi, ils partent au chalet ou sur un sentier du nord. Nous les concevons pour ce passage d’un milieu à l’autre, parce que c’est ainsi que la plupart des Canadiens vivent leur hiver. 

La ruelle offre ce passage en plus petit. En quelques pas, on quitte les murs d'entrepôts pour entrer dans un milieu végétal, entre les graminées et les arbustes fruitiers. Nous voulions que les gens du quartier puissent le vivre sans prendre la route du chalet. 

Régénérer ce qui était déjà là

Plutôt que de repartir de zéro, nous avons régénéré ce qui existait. Les sols ont été réutilisés et amendés. Les roches ornementales ont été récupérées sur un chantier de construction du voisinage. 

Les végétaux sont indigènes et demandent peu d’arrosage. Un aménagement urbain qui dépend de l’eau potable pour rester en vie n’est pas réellement durable, et ce critère a guidé le choix de chaque espèce.  

À l’entrée, une prairie de graminées et d’arbustes fruitiers nourrit les oiseaux et les insectes. Plus loin, la végétation entoure une placette publique où les gens qui travaillent dans le secteur peuvent venir luncher ou prendre une pause. Au fond, les arbres se resserrent en une zone plus intime qui invite à ralentir. 

Les moments qui comptent 

Chez OOKPIK, nous croyons que les moments qui durent ont rarement l’air importants quand on les vit. C’est une marche en famille après le souper, ou un dîner pris dehors avec des collègues lors du premier jour doux d’avril. Sur le coup, on n’y pense pas. Des années plus tard, c’est ce dont on se souvient.  

Un bon manteau sert à ça. Il se fait oublier pour que vous restiez dehors un peu plus longtemps avec les gens que vous aimez. La Lisière poursuit la même idée à l’échelle du quartier : elle donne à celles et ceux qui travaillent ici une raison de sortir de l’atelier et de partager une pause au grand air.  

Une affaire de voisins 

La Lisière est d’abord une collaboration entre entreprises voisines. Sly & Co – OOKPIK et le Centre d’art CAB partagent ce coin du District Central, et c’est la SDC District Central qui a donné au projet sa forme et son cadre, en l’inscrivant à son Plan d’interventions Signature.  

Sylvain Roy, cofondateur d’OOKPIK et de Sly & Co, avait beaucoup d’idées pour cet endroit. C’est avec l’équipe de la SDC, sous la direction d’Hélène Veilleux qu’elles ont pris forme. Marc-André Carignan, responsable de projets en aménagement signature, a accompagné le projet du début à la fin. Nouveaux Voisins a conçu l’aménagement et Paysage Saint-Sulpice l’a réalisé. Le gouvernement du Québec y a participé financièrement dans le cadre du Fonds signature métropole. 

Investir dans ce qui vient après 

Un manteau bien fait traverse plusieurs hivers. Il vieillit avec la personne qui le porte et devient témoin de ses plus beaux moments. Parfois, il passe ensuite à quelqu’un d’autre dans la famille, et c’est dans cette durée que nous avons toujours pensé nos vêtements.  

Une ruelle plantée suit le même rythme. Les arbres mis en terre cette année prendront de l’ampleur avec les saisons, et chaque printemps, les arbustes fruitiers attireront un peu plus d’oiseaux. Ce que nous avons semé ici appartient surtout à ceux qui viendront après nous, aux prochaines équipes du District Central et aux enfants qui grandiront en voyant un quartier industriel devenir plus vert. 

Quinze ans, c’est l’âge où une entreprise commence à penser à ce qu’elle laissera derrière elle. Nous avons choisi de commencer ici, à quelques pas de notre porte. Le 24 septembre, nous y avons dévoilé Mini-Moi, notre collection de manteaux pour enfants coordonnés avec ceux des parents. Il nous semblait juste de la présenter dans un lieu planté pour l’avenir. 

Elle est à vous 

À l’échelle d’une ville, une ruelle, c’est petit. C’est aussi un îlot de chaleur en moins, et la preuve qu’on peut rendre un secteur industriel plus humain, une ruelle à la fois. 

Vous travaillez dans le District Central ou vous passez par la rue Meunier? Venez-y prendre votre lunch, ou simplement voir ce qui pousse.  

 

Cet aménagement est le fruit d'une collaboration entre la SDC District Central, Sly & Co – OOKPIK et le Centre d'art CAB. Le projet bénéficie de la participation financière du gouvernement du Québec dans le cadre du Fonds signature métropole. 

Conception : Nouveaux Voisins 

Aménagement : Paysage Saint-Sulpice 

Photos de l'inauguration : Charles-Olivier Bourque.